Retrouver Gourmand, un âne si particulier, a été un moment fondateur dans ma reconstruction après un burn-out intense et dans la redécouverte de ma singularité. Ce lien m’a guidée vers ma vocation d’ânière et m’a permis de commencer à vivre plus en accord avec moi-même.

Cette photo, prise en novembre 2024, capture un moment d’une intensité difficile à décrire avec de simples mots, car elle fige un instant de bascule, un de ces moments où l’on sent que quelque chose en nous se répare doucement après avoir été brisé. À cette époque, j’étais encore très fragile : je sortais à peine d’un burn-out d’une violence rare, un effondrement intérieur qui avait anéanti presque tous les repères de mon ancienne vie. J’avançais comme sur un fil, encore vacillante, encore hésitante, cherchant à reconstruire ce qui avait été réduit en poussière.
Et c’est dans cette période d’immense vulnérabilité que j’ai retrouvé Gourmand, cet âne si particulier qui, sans le savoir, allait jouer un rôle déterminant dans ma guérison et dans la redéfinition de mon identité. Je ne le rencontrais pas pour la première fois. Mais j’ai décidé de m’installer dans son lieu de vie et nous avons partagé huit mois de longues journées ensemble, des semaines entières où j’avais appris à connaître ses silences, ses manières de regarder, sa façon d’avancer, de douter, de comprendre, de s’ouvrir.
Peu à peu, au fil de ces rencontres, c’est lui qui m’a formée, lui qui m’a appris à lire les signaux subtils, à appréhender la patience, à écouter ce qui ne s’exprime pas avec des mots. Gourmand n’est pas un âne ordinaire : il est de ceux qui enseignent sans jamais imposer, qui montrent simplement par leur présence ce qu’est la douceur, la constance, la profondeur d’un lien construit pas à pas. À travers lui, j’ai découvert un autre rythme, loin de la brutalité du monde humain, un rythme qui guérit, un rythme qui laisse de la place au vivant.
En le retrouvant en novembre 2024, j’ai compris que quelque chose se refermait doucement en moi, que les fractures de mon burn-out commençaient à cicatriser, non pas parce que tout allait mieux, mais parce que je n’étais plus seule pour traverser la reconstruction. Quelques semaines plus tard, en janvier 2025, j’ai reçu un diagnostic qui allait donner un sens nouveau à mon parcours : celui d’Autiste à Haut Potentiel Emotionnel. Ce diagnostic est venu comme une lumière, non pas pour étiqueter, mais pour expliquer, pour offrir une cohérence à des décennies de décalages, de luttes invisibles, de fatigue accumulée.
Comprendre que ma manière d’être au monde était neuve, singulière, mais parfaitement légitime, a transformé ma façon de me voir, de me comprendre, de m’accepter. Et ce diagnostic a aussi éclairé l’intensité de mon burn-out : tant d’années à essayer de m’adapter, de masquer, de fonctionner dans un monde trop bruyant, trop rapide, trop exigeant avaient fini par faire exploser mes fondations. Mais, paradoxalement, cette explosion a ouvert un espace nouveau, un espace où j’ai pu enfin commencer à vivre autrement, plus en accord avec moi-même.
Et dans cet espace, Gourmand a occupé une place essentielle. Avec lui, je n’avais pas besoin de jouer un rôle, de cacher ce que j’étais : il m’acceptait exactement telle que j’étais, avec mes fragilités, mes besoins de calme, ma manière atypique de percevoir les choses. Il me répondait dans une langue que je comprenais instinctivement, une langue faite de micro-gestes, de respiration, de présence. Ce lien a été fondateur, au point de m’aider à réaliser l’un de mes plus grands rêves : devenir ânière.
Chaque moment passé avec Gourmand me confirmait que j’avais trouvé ma voie : être au contact des ânes, les comprendre, les accompagner, mais aussi accompagner les humains qui cherchent à entrer en relation avec eux. Aujourd’hui, forte de cette expérience intense — l’effondrement, la lente guérison, la redécouverte de moi-même, la rencontre réparatrice avec Gourmand et la compréhension tardive mais précieuse de mon autisme —, je souhaite offrir à d’autres ce que j’aurais aimé recevoir dans les moments les plus sombres. J’aimerais accompagner celles et ceux qui traversent des burn-out violents, des remises en question profondes, des moments de rupture intérieure, mais aussi celles et ceux qui découvrent tardivement leur neuroatypie et cherchent un espace où se reconstruire sans jugement.
Un parcours de reconstruction après un burn-out intense, guidé par Gourmand, un âne au regard profond. Une rencontre fonde ma voie vers ma vocation d’ânière et m’a permis de commencer à vivre plus en accord avec moi-même. Prochainement, je proposerai des séances de Médiation par l’Animal avec Gourmand et son frère Cadeau.